Le retour du vinyle, la riposte au tout dématérialisé ?
Le retour du vinyle ne doit pas occulter le fait qu’aujourd’hui c’est bien le dématérialisé qui domine en termes d’écoute musicale, le streaming s’octroyant près de 85% du chiffre d’affaire du secteur de l’édition audio. Plus encore que les fabricants de disques et de matériel de lecture vinyle, les grand gagnants sont donc aujourd’hui les plateformes de streaming.
Il faut dire qu’elles cumulent les avantages. Pour une dizaine d’euros par mois (et moins de 20 euros pour les services de streaming audio haute définition), soit le prix moyen d’un seul vinyle, un Spotify, un Deezer ou un Apple Music donne accès à des dizaines de millions de titres dans tous les genres musicaux, ou presque. On peut accéder à toute sa musique à la maison sur son matériel hifi ou sur une simple enceinte Bluetooth, mais aussi en extérieur sur son smartphone ou sur son lecteur audio nomade. On peut créer des playlists, partager sa musique avec des amis, découvrir des suggestions de titres ou d’artistes inspirées de nos habitudes de lecture, etc. Bref, on voit mal pourquoi quelqu’un irait s’embêter avec un support plus cher, moins pratique, plus encombrant et plus exigeant.
Mais le vinyle présente pourtant des avantages non négligeables :
– Le vinyle que vous achetez vous appartient, alors que la musique en streaming peut être assimilée à une location longue durée. Sauf à acheter vos titres – ce qui n’est d’ailleurs pas proposé par toutes les plateformes, loin de là-, ils ne sont disponibles que tant que vous payez. Si vous résiliez votre abonnement à une plateforme de streaming audio, vous n’aurez plus accès à votre musique, ou bien alors en acceptant des coupures pubs. Alors que vous pouvez écouter votre disque vinyle tant que vous voulez sans payer plus que le prix d’achat, et surtout vous pourrez le transmette.
– L’utilisation du vinyle est un rituel très apprécié des amateurs. Là où il suffit de lancer une application sur un smartphone pour accéder à sa musique en streaming, un vinyle nécessite une manipulation soignée et ritualisée, une intervention humaine. On peut se demander si cette « réappropriation » de la musique ne joue pas pour beaucoup dans le succès du vinyle. Sortir le disque de sa pochette, le poser sur la platine, lancer le mouvement et passer la brosse nettoyante, soulever le bras et poser délicatement le stylet dans le sillon au bon endroit, tout cela participe au plaisir d’écoute. En fait, ce sont les contraintes mêmes du vinyle qui font son charme.
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– L’écoute de disque vinyle réintroduit une matérialité qui s’était perdue avec l’avènement du numérique. Lorsque vous écoutez un disque microsillon, vous voyez tourner le disque, vous voyez bouger le bras de lecture et la cellule. En rapprochant l’oreille de la cellule, vous pouvez même entendre le son du disque. A contrario, sur les platines CD, une fois le tiroir refermé et la lecture lancée, vous ne voyez plus ce qui se passe. Et je ne parle même pas de la musique dématérialisée, qui fait carrément disparaitre tout mouvement mécanique, réduisant la musique à un flux.
– Le plaisir du collectionneur ! Un disque vinyle, c’est d’abord un bel objet qu’on prend plaisir à acquérir, à manipuler et à collectionner. Certaines pochettes sont de vrais chefs-d’œuvre esthétiques, d’autres ont une grande valeur sentimentale parce qu’elles vous rappellent une époque, une personne ou un voyage par exemple. Sans compter qu’une vynil-thèque se construit sur plusieurs années voire sur plusieurs décennies et prend de la valeur au fur et à mesure du temps qui passe, du fait même du caractère fragile et non duplicable du support.
– Le disque vinyle nous oblige à prendre le temps et à entrer dans l’univers de l’artiste, au lieu de passer d’un titre à l’autre d’un simple appui sur les touches d’une télécommande ou d’un écran de smartphone. Sur un disque vinyle, il faudrait se relever toutes les 5 minutes pour changer de titre en relevant le bras, changeant de piste, de face ou même de disque. Cette contrainte nous amène souvent à écouter le disque dans l’intégralité d’une face, puis de l’autre. Non seulement on réapprend à écouter sa musique sans zapping, mais surtout on l’écoute dans l’ordre voulu par l’artiste. Car on l’oublie trop souvent, un disque c’est souvent l’aboutissement d’années de réflexion et de travail pour finir par choisir une pochette, un ordre des titres, une répartition sur les 2 faces, etc.
– Les disques vinyles en occasion permettent de retrouver de nombreux titres qui ne sont jamais sortis en CD ou en dématérialisé. Je suis, à titre d’exemple, particulièrement amateur de la période 70-80 de la cadence antillaise et du compas haïtien. Pas mal de disques de cette époque ont certes été numérisés, mais très souvent à partir de bandes de piètre qualité. De ce fait, même avec les craquements dus à l’usure, ils sonnent parfois nettement mieux en vinyle qu’en CD. Et de nombreux albums n’ont carrément jamais été numérisés, souvent faute de potentiel commercial ou encore pour des questions de droits.
Le vinyle, meilleur ou moins bon que le CD ? Un débat stérile selon moi
Depuis le retour du vinyle, les partisans et les détracteurs du support s’écharpent sur les forums. Les partisans du vinyle mettent en avant le son réputé plus chaud, la dynamique supérieure, le plus grand naturel et la plus grande humanité de la restitution, par opposition au son numérique jugé trop « clinique ».
Dans le camp d’en face, les détracteurs fustigent la fragilité du support, les craquements inhérents aux vinyles, le côté contraignant et peu pratique, la bande passante moins large, le côté mode passagère, le coût… etc.
Pour ma part, j’avoue ne pas bien comprendre ce débat. Est-il vraiment important de savoir quelle technologie est la plus performante en termes de dynamique ou de bande passante ? Il serait peut-être temps de se rappeler que ce que l’on recherche ici c’est du plaisir d’écoute. Qu’il soit obtenu avec une belle platine vinyle ou avec de la musique dématérialisée, l’essentiel n’est-il pas le résultat final ?
On oublie un peu vite qu’avant l’arrivée du numérique coexistaient de manière tout à fait pacifique des technologies pourtant totalement différentes. On écoutait la radio hertzienne pour découvrir les dernières sorties, les disques vinyles pour apprécier ses artistes favoris et la cassette pour enregistrer et partager sa musique ou l’écouter en déplacement sur son autoradio ou son walkman.
Je n'en suis pas l'auteur ! 
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