Le Baron Rouge, ca vous dit quelque chose ?
Non, je ne parle de pas de cet aviateur allemand de la première guerre, mais d'un appareil assez recherché: le Sansui AU-20000.
Ah, j’entends déjà les cris de certains puristes qui me diront que non, en fait c’est toute la série d’appareils Sansui haut de gamme de cette période qui partagent cette livrée « rouge bourgogne » : CA-3000, BA-3000, BA-5000 et AU-20000, sans oublier le tuner TU-9900.
Mais ici c’est MON compte rendu, donc je dis ce que je veux !
Pour information, un AU-20000, c'est en gros un préampli CA-3000 et un ampli BA-3000 et dans le même boîtier: 170W par canal, et un design qui ne laisse pas indifférent.
Dans le même genre mais un cran en dessous, le AU-11000 est la réunion du CA-2000 et du BA-2000.
Une photo de groupe (pas à moi) pour mettre l'eau à la bouche:

Le monstre:

J'ai fait l'acquisition de celui-ci il y a quelques années pour une (modique) fraction du prix moyen pratiqué actuellement.
Son état justifiait son prix: en panne, peinture défraîchie, intérieur crade.
Mais pas de boutons ni de carte manquante: je pensais pouvoir le remettre sur pieds sans trop de problèmes.
Je me suis donc lancé avec optimisme dans cette aventure qui devait me réserver quelques surprises, de plus ou moins grosses et de plus ou moins bonnes.
Premier test:
Vérification des 12 transistors de puissances : ils sont bien entendus tous HS.
Ce n’est pas vraiment une surprise : en cas de défaut dans l’étage de sortie, le transformateur d’alimentation d’un peu plus de 1kVA et les deux canettes de 22.000uF / 80V ne font pas de quartiers.
Certains TO-3 ont déjà été remplacés car je remarque un marquage "Marantz" sur deux d’entre eux (petite surprise).
Je déconnecte donc l’alimentation de deux blocs de dissipateurs pour éviter les problèmes supplémentaires.
Vue de dessous:

Un des blocs de puissance:

Vérification du fusible : il n’est pas coupé, mais est du type « universel », c’est à dire d’un ampérage deux fois plus important que ce que dit le manuel, ce qui justifie son remplacement.
Puis mise à feu avec LDS : la lampe reste désespérément éteinte...
L'inter secteur est fonctionnel, le sélecteur de tension interne est sur 240V, mais rien...
Un moment je soupçonne avec angoisse un défaut du transformateur, mais un coup d'oeil au schéma m'oriente plutôt vers le système qui permet un allumage en douceur avec des résistances de puissance au primaire, court-circuitées par un relais après une temporisation.
La carte de régulation dans son jus:

Bonne pioche: une résistance est coupée.
Je bricole rapidement une résistance de remplacement, et cette fois la LDS s'allume peins phares.
Dernière vérification: je déconnecte tous les secondaires sauf le principal (2x68V), uniquement suivi des diodes de redressement et des 2 canettes de filtrage (22.000uF/80V).
Et bien, la lampe reste allumée alors qu'elle devrait s'éteindre rapidement.
Les diodes sont OK, mais il s’avère que les condos de filtrage ont un courant de fuite important dès la tension dépasse environ 25V.
J'essaye de les reformer, mais ça n'a pas d'effet même après une attente raisonnable: je prévois des frais en plus (mauvaise surprise ...)
Plus drôle: les cartes "driver" ressemblent à des merguez restées un peu trop longtemps au barbecue.
Enfin, l'une des deux car les cendres de la deuxième carte d'origine doivent reposer dans une urne au cimetière de l'électronique : elle a été remplacée par une copie du circuit imprimé pas trop mal réalisée, et signée DARTY dans le coin.
C'est la première fois que j'en vois une comme ça : grosse surprise !.


En examinant ces cartes, je remarque quelques erreurs en vrac, qui ont peut être causé la deuxième mort de ce pauvre ampli:
- Transistors drivers BD-239C/BD-240C dont le Vce est de 100V, alors qu'il faudrait plutôt 150V.
C'est une erreur de débutant, étrange car la fabrication du PCB me fait penser a un SAV professionnel.
- Résistance de remplacement dont la taille indique une puissance de 1W, le schéma indique 1/2W ce n'est pas par hasard ! Augmenter la puissance d'une résistance qui a brûlé, c'est faire en sorte que les transistors grillent avant que la résistance ne se coupe.
En résumé : pas mal de transistors à remplacer. Mais heureusement les 2SC1628 et 2SA818 qui sont des sortes de TO126 mais avec un pinout E-B-C sont en bon état, et ils sont introuvables et difficiles à remplacer par d’autres références à cause de leur montage sur dissipateur (bonne surprise).
Toujours dans la section puissance (la partie arrière de l’appareil) se trouve également la carte de régulation de tensions pour les cartes drivers (+/-65V) et pour les cartes du préampli (+/-35V).
Les transistors sont bons, seuls les condensateurs sont un peu limites.
Bon, j'arrête de râler, on passe à la section préampli, qui semble bien réduite mais qui cache quand même sous son blindage une dizaine de cartes.
Rien de spécial ici : les dommages n’ont pas affecté ces cartes, et la principale difficulté consiste à les retirer en prenant moultes photographies afin de retrouver la manière de reconnecter les différents câbles qui les relient.
Je fais l’inventaire des nombreux petits condensateurs qui les parsèment, car il y a des différences avec les schémas officiels. Un nombre important de ces condos sont bipolaires (comme les ours) et seront remplacés de préférence par des modèles « film ».
Au vu de l'intérêt de l'appareil, et du temps passé pour accéder aux cartes, je décide que tous les petits condensateurs vont y passer. Il est temps de passer une grosse commande.
C’est à ce moment que je découvre que les prix des composants ont bien augmenté ces derniers temps…
Sans parler de la difficulté d’approvisionner des condos films 4.7uF/50 ou 63V de qualité.
Transistors TO-3, condos films, grosses cannettes de filtrage: il semble que tout vient maintenant d’Ukraine en passant par le détroit d’Ormuz (mauvaise surprise
).
Je dois quand même remarquer que je n’ai eu à me servir de mon fer à souder que pour retirer un point de masse sur une carte, et que pour tous le reste, les connexions entre alimentations et diverses cartes sont toutes facilement séparables (et identifiées), ce qui facilite grandement la maintenance.
Pas de doute, ces appareils étaient quand même faits pour durer.
La suite après réception des composants…